Vous avez dit bizarre ? - Dennis McNew

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Vous avez dit bizarre ?

Vous avez dit bizarre ? - Dennis McNew

Ma mère me disait toujours que j’étais un peu bizarre. C’est peut-être vrai. Mais sûrement pas plus que certains autres, en tout cas. J’avais des habitudes qui lui paraissaient hors-norme, comme par exemple, donner rendez-vous à mes amis dans une cage d’escalier d’un immeuble pour s’abriter de la neige. Ou encore, aller avec un Tupperware dans un restaurant, pour demander des restes pleins de sauces, pour pouvoir les garder au frigo, et les mettre sur les pâtes et le riz pendant toute la semaine. Le restaurant indien où j’allais manger, avait un cuisinier qui s’y connaissait particulièrement bien en épices. Il y avait aussi d’autres choses qui l’exaspérait, et qui pourtant, n’était que du bon sens, si on y réfléchissait de plus près.

Si je paraissais bizarre pour ma mère, beaucoup de mes amis me disaient que j’avais certainement des bibittes qui habitaient dans ma cervelle, et qui géraient ma vie. Cela leur arrivait de venir chez moi, juste pour s’en payer une tranche. Pendant l’année où je passais mon diplôme, je n’avais pas fait un seul jour de ménage chez moi. La surprise de l’horreur d’une de mes amies lorsqu’elle essaya de pénétrer à l’intérieur fut magistrale, et restera certainement, ad vitam aeternam, dans ces pires souvenirs. Cela faisait trois jours que je n’avais pas dormi, et que je passais mon temps à réviser. Lorsqu’elle chercha à vouloir faire du café, elle trouva à l’intérieur du réfrigérateur, un de mes slips. Elle en eut mal au cœur. Ni une, ni deux, je le rinçais et l’essorais sous le robinet pour le faire sécher dans le four à micro-ondes. Cela tombait bien, ça faisait plusieurs jours que je n’en avais pas changés. Elle partait en râlant. Allez savoir pourquoi.

Lorsque j’obtenais mon diplôme, ma mère me conseilla d’aller chez un dentiste Cote-Vertu pour me soigner les dents. D’après elle, mon futur métier exigeait un sourire clinquant. Quand le dentiste me demanda d’ouvrir la bouche, j’entendais de sa part un : oh ! qui exprimait plus un désarroi, qu’un étonnement. Il commença par me faire un détartrage du genre de ceux que l’on fait dans les toilettes. Il avait raison de porter un masque sur le visage. Lorsqu’il utilisa la roulette sur une de mes dents, cela sentait un peu comme du cheveu brûlé au départ. Comme la roulette me faisait un peu peur, je m’échappais dans le faire exprès. Ce gaz était petit en volume, mais très efficace. Le dentiste fut à deux doigts d’en tomber à la renverse. En me colmatant la dent, il m’ordonna de nettoyer ma bouche pendant trois semaines avant de revenir. Encore un qui me trouve bizarre.